Mediapart n'est pas bien placé pour endosser le rôle du chevalier blanc dans l'affaire Matzneff

Ce 12/2/2020 Marine Turchi et Fabrice Arfi sont les invités de C à vous sur France 5 pour parler de l’affaire Matzneff :

Le bal des tarfuffes continue. Et pas un mot sur l’affaire Hidaldo-Matzneff-Girard, alors que nous sommes en pleine période électorale pour les municipales (alors que le New York Times vient de parle du rôle de Christophe Girard dans son long papier en français sur l’affaire). Pas un mot non plus sur le fait que le Monde diffusait encore des citations pédo-criminelles de Matzneff jusqu’à fin 2019, avant qu’elles ne soient retirées en catastrophe, comme nous l’avons révélé (un scoop repris par aucun média, faut-il le préciser).

On préfère parler d’un livre paru il y a 10 ans, et des soutiens de Matzneff dans ce livre, dont quasiment la moitié sont morts (Mitterrand, Peyrefitte, D’Ormesson, Claude Imbert) ou très âgés (Sollers a 83 ans, Bruckner 71, De Benoist 76) :

Christophe Girard, lui, n’a « que » 64 ans, et surtout il occupe des fonctions très importantes dans l’appareil étatique : adjoint à la culture au maire de Paris. Et là il est question de le renouveler dans ses fonctions, par le renouvellement de sa patronne Anne Hidalgo, donc c’est maintenant ou jamais. Mais on préfère de parler de Mitterrand bien sûr.

A 10 min 50, Fabrice Arfi ose déclarer : « Nous, on est d’une génération qui n’a pas connu ces choses-là.« 

Comme pour faire oublier qu’il travaille pour un certain Edwy Plenel, qui travaillait au Monde quand des horreurs ont été publiées sur Matzneff justement. Plenel a été directeur de la rédaction du Monde de 1996 à novembre 2004. Josyane Savigneau, apologiste de Matzneff jusqu’à ce jour, a été responsable du Monde des livres, supplément hebdomadaire du Monde, de 1991 à 2005. On ne peut pas dire que son soutien à Matzneff lui ai coûté son poste sous la direction d’Edwy Plenel.

Par exemple le 3 novembre 2000 le Monde publie un article élogieux sur le dernier livre en date de Matzneff :

En fait, Plenel avait rejoint en 1980 ce journal qui faisait l’apologie de la pédophilie quelques années auparavant seulement, ce qui ne le dérangeait pas. Il travaille au Monde depuis 7 ans déjà quand paraît cette énième apologie de Matzneff dans Le Monde en 1987 : « Gabriel Matzneff, qui n’a rien d’un  » monsieur de l’absolu « , rien d’un hégélien forcené, pratique une philosophie passionnelle.  » Seuls survivent les livres où l’auteur s’est fourré tout entier « , notait Schopenhauer. Quel plaisir de retrouver Gabriel Matzneff avec ses mots fétiches, ses répulsions, ses manies, ses idées fixes et ses habitudes ! Il témoigne d’un perpétuel étonnement devant l’existence. Même quand il parle du suicide, sa philosophie est une déclaration d’amour à la vie, une déclaration dans le style des plus belles lettre que la passion ait jamais inspirées. Il faut se laisser emporter par le tempo, le rythme, la caracole de ses mots, la musique de ses imprécations.  » Votre logique, lui disait une de ses charmantes maitresses, est celle d’un fou, mais votre syntaxe est si rigoureuse que les lecteurs ne s’en aperçoivent pas. «  »

A-t-il pour autant démissionné du journal qui publiait ça ? Loin de là, il allait y continuer une carrière jusqu’au sommet de la rédaction moins de 10 ans plus tard.
Et à Mediapart, qu’il a fondé en 2007, on n’a pas vu de problème à diffuser un article soutenant Matzneff en 2014 et reproduisant sa lettre ouverte à la ministre de la culture demandant à ce qu’une bourse lui soit versée en sa qualité éminente d’écrivain :

Extraits :
« Qu’on me comprenne bien, il n’est pas question de savoir ici si Gabriel Matzneff est de droite ou de gauche, je m’en contrefous: la vérité est qu’à la tête d’une oeuvre aussi considérable prix Renaudot ou pas, en 2014 un écrivain aussi indiscutable crève de faim. Alors imaginez ce qu’il en est de ceux qui n’ont pas l’immense talent de Matzneff, qui sont de simples tâcherons…
Quant à ce gouvernement, sans lequel on ne rirait plus en France, gageons que sa réponse à venir fera  grâce à Matzneff de son talent, mais laissera crever de faim tous ces plumitifs dont ils devinent sans peine qu’ils ne sont pas les amis des puissants. 
Lisez et admirez au passage la leçon de style aux cuistres qui nous gouvernent.
« 

En 2015, autre article laudateur sur Matzneff, paru sur Mediapart :

Extrait : « Matzneff aussi est un grand metteur en scène : il  s’est façonné une vie à son image, telle qu’il la rêvait au cours de son adolescence. Dès 1953, dans les pages du premier tome de ses carnet noirs, il institue le ton singulier qui définira son existence comme son écriture : un savant mélange d’humour, d’érudition et de sensualité, toujours dominé par un sentiment paradoxal de joie et de mal être profonds.« 

En octobre 2019, deux mois avant que n’éclate l’affaire Matzneff, Mediapart diffusait un article faisant l’éloge d’un texte de Matzneff datant de 1978 :

Mediapart avait d’ailleurs été très silencieux sur l’affaire Matzneff jusqu’à présent, ce qui avait été dénoncé par une de ses abonnées (depuis 2015) dans un article paru lui-aussi sur le blog de Mediapart, le 3 février 2020 : « Ma lettre de suspension d’abonnement à Mediapart […]
Enfin, je suis extrêmement choqué par l’absence de couverture du cas Matzneff, à part la consternante fausse contrition de l’infatué Perraud, « le jeune con d’Henri IV ». J’y vois la marque de la non-condamnation de la pédophilie par Mediapart et c’est évidemment une ligne dérangeante, une ligne rouge. Je me demande ce que cela cache au fond. »



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