Causeur accuse à tort Ladj Ly d'avoir fait de la prison pour complicité de tentative de meurtre

Rectificatif : contrairement à ce que nous pensions, il s’agit bien de Ladj Ly. Par contre la fake news vient du fait qu’il n’a jamais été condamné pour complicité de tentative de meurtre. Par souci de transparence et pour ne pas reproduire les agissements que nous dénonçons dans les grands médias, nous laissons l’article original et lui ajoutons les mises à jour.

Voilà une fake news qui est grave. Causeur, qui vient de publier ce 17/12/2019 un article sous la plume de la professeur de philosophie Anne-Sophie Nogaret, accuse le réalisateur des Misérables Ladj Ly d’avoir fait 3 ans de prison pour complicité de tentative de meurtre, au moment où son film vient d’être prénominé aux Oscars (un hasard sans doute) :

Une fake news immédiatement reprise par Valeurs Actuelles :  » «le natif de Montfermeil (Seine-Saint-Denis) a passé trois ans de sa vie en prison entre 2011 et 2014. Le passionné de vidéo a en effet été condamné pour « complicité d’enlèvement, séquestration et tentative de meurtre » dans une affaire remontant à janvier 2009».

Et reprise aussi par le site fdesouche :

Or Causeur a confondu Ladj Ly avec Ladi Ly, voir cet article du Parisien :

Le nom de famille « Ly » est très répandu au Mali : Oumar Tatam Ly (ancien Premier ministre malien), Ibrahima Ly (intellectuel et militant malien), Ibrahima Abdoul Ly ( Ministre des Transports et de la Mobilité urbaine du Mali), Sékou Ly (général de division) etc. C’est normal car c’est un patronyme peul et les peuls sont très nombreux au Mali.

Or on trouve bien au moins un Ladi Ly à Montfermeil (pas forcément le même que celui du Parisien d’ailleurs), qu’on retrouve sur la liste du Ministère de l’Intérieur, comme le rapporte l’Express pour les élections municipales de 2008 puisqu’il figurait sur la liste Agissons ensemble en 16ème position :

Mise à jour : en fait si il s’agissait bien du réalisateur, sous une autre orthographe :

Donc le prénom ne correspond pas mais le nom, le lieu (Montfermeil) et l’âge (trentenaire en 2011, il est né en 1980) correspondent donc cela a suffit à Causeur pour publier son article.

Mais en 2012 pendant sa prétendue peine de prison ferme Ladj Ly… tournait le documentaire 365 jours au Mali. Voici ce qu’écrivait RFI dans un article du 15/11/2015 :  » Ladj Ly a également fimé 365 jours au Mali : ce film a été tourné en 2012,  au moment du coup d’Etat contre Amadou Toumani Touré, l’état d’urgence décrété à Bamako, les manifestations de l’opposition, la prise de pouvoir d’Aqmi à Tombouctou… « 

Le film est sorti en 2014, alors que Ladj Ly était encore en prison (ou venait à peine d’en sortir) si on en croit Causeur. Dans la vidéo ci-dessous, Ladj Ly se présente dès les premières secondes, après avoir passé une année entière, 365 jours, au Mali (alors qu’il était en prison selon Causeur, donc) :

On voit Ladj Ly à l’image notamment à 1 min 56 :

Causeur indiquait aussi dans son article :  » Reconnu coupable, il est condamné à trois ans de prison ferme » et ajoutait en note (1) : « Le réalisateur a déclaré dans un entretien en anglais au site Vice que sans sa caméra, il serait aujourd’hui en prison, des mots qui prennent tout leur sens au vu de nos révélations ».

Mise à jour 18/12/2019 à 13h : Checknews de Libération publie après nous son enquête, mais leur article (dans la version que nous avons lue en tout cas) est pour le moins confuse et partielle ! Ils écrivent :
« L’histoire fait écho à des articles de 2011 dans Le Parisien ou l’AFP, évoquant une affaire semblable (un enlèvement en 2009), à une lettre près : il y est question d’un Ladi Ly, et non d’un Ladj Ly.
Du fait de cette différence d’orthographe, certains ont pensé que Causeur et Valeurs Actuelles commettaient une fausse information. » [ils mettent un lien vers notre article, NDLR]

En fait nous avons surtout indiqué l’impossibilité pour Ladj Ly de se trouver en prison en France et au Mali en tournage au même moment, mais Libération ne parle de cette partie de notre enquête.

Ils ajoutent : « En fait, Ladi Ly et Ladj Ly sont bien la même personne. Et le réalisateur a bien été condamné à trois ans de prison en 2011 (mais pas pour tentative de meurtre ou complicité de tentative de meurtre). »

Ah bon ? Il a été condamné à 3 ans de prison ? Mais pour quelles raisons ? Libération poursuit : « De sources concordantes, un «Ladi Ly» a été condamné à Bobigny, le 2 mars 2011, à trois ans d’emprisonnement pour enlèvement et séquestration (et non violence). Une source judiciaire précise qu’en appel, en 2012, la culpabilité de «Ladi Ly» a été confirmée, et sa peine réduite à 2 ans de prison ferme et 1 an avec sursis. Un maintien en détention a alors été prononcé. »

Il s’agit donc bien du réalisateur ? Ce n’est pas clair du tout ! S’il a été condamné à 2 ans fermes en 2012 comment a-t-il pu partir au même moment au Mali pour un tournage d’un an ? N’a-t-il pas effectué sa peine ? A-t-il été jugé par contumace ? Libération n’en parle pas.
Ils continuent : « Contrairement à ce qu’écrivent les médias d’extrême droite, il n’est pas question de «tentative de meurtre» dans cette condamnation. Il n’est pas non plus question, dans les articles de l’époque que nous avons pu voir, d’un lien avec la religion musulmane ayant motivé les faits. »

Bon, comme ça la fake news de Causeur, Fdesouche, Valeurs Actuelles et tous ceux qui les ont repris est confirmée. Libération conclut :  » C’est vraisemblablement sous une troisième orthographe – Lady Ly – que le futur réalisateur a également été condamné à 400 euros d’amende, le 1er mars 2011 (à la veille de sa condamnation pour enlèvement), toujours à Bobigny. « 

« Vraisemblablement » donc ils ne savent pas. Il faudra encore attendre que d’autres journalistes approfondissent et que Ladj Ly lui-même se prononce pour en savoir plus sur les zones d’ombre qui continuent de planer sur cette affaire.

Nous laissons donc notre article sans en changer le titre (qui reste juste) ni le contenu original, les mises à jour permettant au lecteur de connaître la vérité.

Nous reconnaissons cela dit nous être trompé sur le fait qu’il s’agissait bien de Ladj Ly, et nous rajoutons pour cela une nouvelle catégorie « Fake News France » où nous indiquerons nos erreurs, dont celle-ci.

Loin d’avoir reconnu sa fake news, Causeur ajoute une nouvelle fake news en prétendant que Libération confirmait leur information :

Mise à jour 19/12/2019

Le Monde publie un article qui fait le point sur l’affaire, et contredit Libération (sans le dire) sur la peine de prison de Ladj Ly en appel : le Monde parle de 2 ans fermes dont 1 an avec sursis, alors que Libération parle de 2 ans fermes et 1 an avec sursis. Le Parisien, qui a également publié un article, parle comme Libération de trois ans dont un avec sursis. Qui a raison ?

Si c’est le Parisien, qui couvrait le procès à l’époque, ce qui est donc le plus probable, cela signifierait que Ladj Ly a menti dans son documentaire en prétendant être au Mali pendant 365 jours en 2012. Il aurait ajouté des images (tournées plus tard) au montage avant la sortie de son film pour faire croire qu’il était bien là-bas en 2012.

La directrice de la rédaction de Causeur est Elisabeth Lévy.
Le directeur de publication de Fdesouche est Pierre Sautarel.
Le directeur de la rédaction de Valeurs Actuelles est Geoffroy Lejeune.



Catégories :Anne-Sophie Nogaret, Causeur, Damoclès, Elisabeth Lévy, Fake news France, Fdesouche, Geoffroy Lejeune, Gilles-William Goldnadel, Jean Robin, Jean-Sébastien Ferjou, Mehdi Aifa, Nicolas Moreau, Patrick Edery, Pierre Sautarel, Samuel Lafont, Valeurs actuelles, Zohra Bitan

2 réponses

Rétroliens

  1. Le réalisateur des Misérables avait été condamné pour enlèvement et séquestration - Les Observateurs
  2. Quelques fake news de Damoclès de Samuel Lafont – Fake News France
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