Une professeur d'un lycée dénonce une fake news d'un article de l'Express sur son lycée

Ce 3/12/2019 Nadjet Cherigui publie dans L’Express un article intitulé : « Filles voilées en cours, « ateliers racisés »… Des lycées hors des clous de la laïcité »

Sur twitter la professeur de ce lycée Laurence De Cock réagit en dénonçant « un article scandaleux de bout en bout » :

Après avoir relevé une autre fake news de la même journaliste quand elle travaillait au Figaro, voici ce que cette professeur a dit dans un long thread :

 » Quoi qu’il en soit, le sujet est grave, elle le sait, et se base sur un témoignage dont personne ne connaît l’origine mais qui affirme qu’en salle des profs ont fusé des « oui mais »… Alors je vais vous raconter ce lendemain-là et les suivants. Et pas anonymement.
Les attentats je les ai appris avec une collègue alors que nous étions à Science-Po Paris en réunion pour la convention ZEP entre le lycée et Sciences po, accompagnés d’élèves que nous avions en préparation et qui étaient candidats. Je m’en souviens parfaitement.
Nous étions effondrées et terrifiées. Nous avons passé la soirée à dialoguer entre collègues en nous demandant quoi faire le lendemain, que dire, comment faire. Les premiers mails d’élèves angoissés sont arrivés. On avait 3 priorités : rassurer, dialoguer, expliquer.
Je n’ai absolument jamais entendu en salle des profs de « oui mais », jamais. Tout le monde a été remarquable, y compris la direction. Et tout le monde était surtout humble, pragmatique, et tourné vers les élèves.
Comme dans de très nombreux établissements en France, en banlieue ou non, nous avons en effet fait face à des discours de gamins complotistes. Dans ces bahuts-là, on travaille tellement ensemble que tout était transparent. On disait « là j’ai réussi », « là j’y arrive pas » etc.
Et comme dans tous les lycées, surtout dans les quartiers populaires, on faisait face à de vraies crises d’angoisse des mômes. Surtout après l’attentat du vendredi, de l’hyper cacher, survenu pendant les cours, et qui nous a tétanisés à nouveau.
Tout ça, on l’a raconté avec les copains et copines d’Aggiornamento tellement c’était lourd.
J’avais cours le samedi matin, je me suis trouvée face à une classe de Seconde (très difficile dont j’étais PP), hyper soudée autour de discours complètement délirants et complotistes ; je n’étais pas la seule dans ce cas, on a bossé comme des dingues avec les collègues.
Je ne peux laisser dire des mensonges pareils, c’est malhonnête, dégueulasse, et tellement dégradant pour les enseignants qui font un boulot dingue dans ces quartiers. Allez y enseigner une semaine, on en reparle après.
Les attentats de 2015 sont l’un des souvenirs les plus éprouvants de ma carrière. On s’est rarement sentis aussi démunis. Sans le collectif inhérent à ces bahuts, on ne s’en serait pas sorti. Je vous le dis @LEXPRESS, ce mensonge est plus que sale, il vous déshonore.
En fait je ne m’en remets pas. Cet article me hante. Je ne comprends pas comment on peut en arriver à vouloir salir à ce point une profession, des gamins, une institution, des quartiers et des villes. À quel délire psychologique ça répond ?
Cette année 2015 a été tellement lourde et rude pour tout le monde, la réduire à ça sur foi d’un témoignage anonyme sans aucune vérification, c’est incroyable. C’est de la pure malveillance.
Il va de soi que ce seul énorme mensonge remet en cause l’intégralité de l’article. Je ne sais pas ce que les collègues choisiront de faire mais il est clair qu’ils ont tout mon soutien. « 



Catégories :Inédit, L'Express, Nadjet Cherigui

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