« Droitdelhommisme », un néologisme inventé par Jean-Marie le Pen ? Fake news !

A 19 min 50 de la vidéo ci-dessous, dans l’émission C dans l’air du 31/10/2019, Roland Cayrol (politologue, directeur du Centre d’études et d’analyses) diffuse la fake news suivante : « Du coup il a [dans Valeurs actuelles] des mots qu’il n’aurait pas ailleurs Emmanuel Macron. Quand il parle des associations qui luttent pour les migrants et qu’il les appelle « droitdelhommistes », c’est quand même le terme qui a été inventé par le fondateur du Front National pour désigner ces laxistes qui parlent sans arrêt des droits de l’homme et qui ne s’occupent pas de la dure réalité des classes populaires. »

Or « en 1989, à l’occasion d’un colloque organisé à Paris, le juriste Alain Pellet, spécialiste en droit international public, crée le néologisme « droit de l’hommisme ». » source

France Culture détaille : « Apprenti sorcier ou pompier pyromane? Celui qui a créé le « droit-de-l’hommisme » en 1989 assure qu’il y voyait un mot « neutre ». Sauf que le terme n’a jamais été employé que pour penser contre la tradition des droits de l’homme, coup de griffe ironique envers une bien-pensance naïve. Quand Alain Pellet, professeur de droit international à Nanterre, a inventé le néologisme “droitdelhommisme”, il a invoqué le haut patronage du créateur de San Antonio Frédéric Dard, dont on dit qu’il a inventé pas loin de 20 000 mots. Pour Pellet, le « droitdelhommisme » (qui s’écrit aussi parfois avec “droits” au pluriel, ou encore avec des tirets : “droits-de-l’hommisme”) est une idéologie, qu’il entend distinguer du bien-fondé des droits de l’homme pour ce qu’ils sont en soi. » Source

Et ajoute :  » Ainsi, en 1997, Jean-Marie Le Pen fera son miel de l’expression « droit-de-l’hommisme » dont le suffixe en « isme » ne jure pas avec le lexique que prise habituellement le leader d’extrême-droite. Au mois de mars cette année-là, alors que le Front national tient congrès à Strasbourg, Le Pen tente de reprendre à son compte le terme inventé par Alain Pellet huit ans plus tôt. »

L’expression a été employée depuis par :
– le ministre de l’intérieur Jean-Pierre Chevènement en 1999 (« droit de l’hommisme de pacotille, Libération, 16 janvier 1999),
– son successeur Nicolas Sarkozy en 2002 ( « Tous les droits-de-l’hommistes de la création passent devant la porte de Saint-Ouen en disant : “Mon dieu, les pauvres” puis s’en vont pour aller dîner en ville », in Pascal Ceaux, Hervé Gattegno et Piotr Smolar, « Nicolas Sarkozy se veut le défenseur de la « France des oubliés » », Le Monde,‎ 23 octobre 2002 )
– Hubert Védrine en 2007 : « le droit-de-l’hommisme est une posture de repli. C’est une politique de remplacement qui prend acte de notre incapacité à intervenir, y compris sur le plan militaire. » Richard Werly, « Hubert Védrine : Le « droit de l’hommisme », posture de repli », Le Temps,‎ 24 mai 2007

En fait Roland Cayrol reprend un argument fallacieux de Sébastien Homer, du journal L’Humanité, qui a qualifié le droit-de-l’hommisme de « néologisme d’extrême-droite » en 2002 (Sébastien Homer, « Le mot Droit-de-l’hommiste », L’Humanité, 26 octobre 2002)

Cette fake news ne sera pas reprise ni questionnée par la présentatrice et journaliste, Caroline Roux.



Catégories :Caroline Roux, France 5, Inédit, Roland Cayrol

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