Comparaison trompeuse sur la valorisation de l’action Renault au JT de France 2

A l’occasion de la privatisation de la Française des Jeux, le JT de France 2 présenté par Laurent Delahousse ce 18/10/2019 se lançait dans une comparaison hasardeuse et trompeuse entre la valeur de l’action de Renault lors de son introduction en 1994 et sa valeur aujourd’hui :

 » Dans le cas de Renault, privatisée en 1994, les investisseurs ont eu plus de chance. Mise en vente à 28 € à l’époque, l’action vaut aujourd’hui 48 €, une bonne affaire. En cédant une partie de la Française des jeux, l’État espère récupérer au minimum 1 milliard d’euros. » https://www.francetvinfo.fr/economie/votre-argent/privatisation-de-la-fdj-une-bonne-affaire-pour-les-francais_3665457.html

Pour illustrer leur propos les journalistes montraient notamment ce graphique : 

Copie d’écran du JT de de 20h France 2 du 18/10/2019

Or ce graphique contient trois erreurs.

La première, c’est que le prix de l’action de Renault en 1994 n’était pas de 28€ mais de 25€ :  » Le constructeur automobile français Renault fait le point ce mercredi sur dix années de cotation boursière, en soulignant tout d′abord que le cours de son action a plus que doublé depuis le 17 novembre 1994, par rapport à son prix d′introduction de 165 francs, soit 25,15 euros.  » 17/11/2004, https://www.zonebourse.com/RENAULT-4688/actualite/Renault-10-ans-de-cotations-boursiere-95802/

La seconde, c’est que la flèche verte n’indique pas que l’action est montée jusqu’à 115 euros en 2007, avant de redescendre à moins de la moitié aujourd’hui.

Source : https://www.boursier.com/actions/graphiques/renault-FR0000131906,FR.html

La troisième, c’est qu’il est trompeur et même mensonger de présenter deux valeurs d’une même action à plus de 20 ans de distance, sans tenir compte de l’inflation. Le rendement boursier est bien moindre quand on tient compte de l’inflation, comme l’explique ce site spécialisé :
« Placement boursier : qu’est-ce que le rendement réel ?
A savoir que le véritable rendement d’un placement boursier doit s’évaluer en tenant compte du taux d’inflation. Pour éviter des interprétations erronées, il est donc essentiel de prendre en compte l’inflation.
De ce fait, pour déterminer le vrai rendement d’un placement boursier, il convient de s’intéresser à la notion de rendement réel. Correspondant au rendement brut corrigé de l’inflation, il permet de savoir si un capital placé se réévalue chaque année.
Ce rendement réel se calcule à l’aide de la formule suivante [(1+r)/(1+i)]-1, r étant le rendement du placement et i étant inflation. Cette formule simple montre que pour déterminer le rendement réel, il suffit de faire la différence entre la rémunération brute du placement (r) et l’inflation (i).
Par exemple, un placement boursier avec une rémunération nette de 2,07 % ne gagnera que 0,57 % de pouvoir d’achat si l’inflation est de 1,5 %. Le rendement réel sera donc de 0,57 %. En revanche, un rendement réel négatif signifie que le capital a perdu de la valeur sur la période étudiée. » http://www.comprendrelabourse.com/Initiation/inflation-rendement.htm

D’après un autre site qui calcule les prix en fonction de l’inflation, l’équivalent de 100 EUR au 31 Janvier 1999 est de 133.84 EUR au 19 Octobre 2019. https://fxtop.com/fr/calculateur-inflation-entre-deux-dates.php

Ce calcul ne tient même pas compte de l’inflation entre 1995 et 1999, avant l’euro, donc l’écart est encore plus grand. On voit ainsi que l’actionnaire qui avait investi 100€ en actions Renault en 1994 a beaucoup moins gagné en 25 ans, quand on tient compte de l’inflation. 

D’ailleurs le site spécialisé cité ci-dessus tenait compte de l’inflation puisqu’il indiquait que la valeur de l’action avait doublé alors que sa valeur nominale avait bien plus que doublé, elle était en 2004 de 63,55 € :  » Pour l′heure, l′action Renault ce stabilise à 63,55E mercredi matin au lendemain de la publication de chiffres mensuels de ventes décevants en Europe occidentale.  » Ce qui signifie qu’une personne ayant acheté des actions Renault en 2004 avait perdu de l’argent en 2019, ce que le JT de France 2 se gardait bien de dire aux téléspectateurs.

Un esprit mal tourné (ce qui n’est pas notre cas évidemment) pourrait voir dans cette désinformation une volonté d’inciter les téléspectateurs à acheter des actions Française des Jeux, surtout de la part d’une chaîne étatique… Nous leur laissons le bénéfice du doute, mais à ce sujet seulement.

Les journalistes ayant désinformé 4,3 millions de Français (excusez du peu) sont les suivants (outre Laurent Delahousse naturellement) : Anaïs Bard, Laure Bignalet, Chloé Tixier, Christophe La Rocca, Lucille Feuillebois.



Catégories :Anaïs Bard, Chloé Tixier, Christophe La Rocca, France 2, Inédit, JT, JT de France 2, Laure Bignalet, Laurent Delahousse, Lucille Feuillebois

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